Pourquoi cette journée compte ?
Chaque année, le 10 octobre se tient la Journée mondiale de la santé mentale. En 2026, le thème choisi par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), « À l’écoute de l’expérience vécue : des voix authentiques pour un réel changement », met l’accent sur la participation des personnes concernées.
L’objectif est de reconnaître le vécu des personnes concernées comme une véritable forme d’expertise. Au-delà du témoignage, elles doivent pouvoir participer aux décisions concernant les soins, les dispositifs d’accompagnement et les politiques de santé mentale.
La santé mentale des jeunes : pourquoi leur donner la parole ?
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la santé mentale fait partie intégrante de la santé et du bien-être. Elle ne se résume pas à l’absence de troubles psychiques. Elle contribue notamment à notre capacité à faire face aux difficultés de la vie, à apprendre, à travailler et à participer à la vie collective.
Les jeunes constituent une population particulièrement concernée par les enjeux de prévention et d’intervention précoce.
Selon les résultats de l’enquête EnCLASS 2024, menée auprès des collégiens et lycéens en France hexagonale :
- 19 % des lycéens présentent un risque important de dépression.
- 20 % des lycéens déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois.
- 15 % des lycéens déclarent avoir déjà fait une tentative de suicide au cours de leur vie.
Ces résultats doivent toutefois être nuancés : 70 % des collégiens et 63 % des lycéens rapportent un bon niveau de bien-être mental.
Ces indicateurs mesurent des dimensions différentes de la santé mentale. Ils permettent de mieux comprendre les situations rencontrées par les jeunes à l’échelle d’une population.
Derrière les chiffres, des expériences et des voix
Un diagnostic ou une donnée statistique ne suffisent pas à décrire ce qu’une personne traverse au quotidien. Deux jeunes présentant un même trouble peuvent avoir des besoins, des ressources et des parcours de rétablissement très différents.
La notion d’« expérience vécue » permet justement de prendre en compte ces différences.
L’expérience vécue désigne ce qu’une personne a elle-même traversé et les connaissances qu’elle a pu acquérir à travers cette expérience. Ce savoir expérientiel complète les connaissances scientifiques et l’expertise médicale, en apportant un éclairage sur le quotidien et les besoins des personnes concernées.
Témoigner n’est pas encore participer
- Témoigner : « Voilà ce que j’ai vécu. »
- Participer : « Voilà ce que mon expérience peut nous apprendre pour améliorer les choses. »
Recueillir des témoignages permet de mieux comprendre les difficultés rencontrées. La participation va plus loin : elle donne aux personnes concernées la possibilité de contribuer aux décisions et à l’amélioration des pratiques.
Par exemple, une publication scientifique internationale consacrée à l’expérience vécue des troubles psychiques chez les adolescents, réalisée avec la participation de personnes concernées, s’intéresse notamment à leur parcours, au diagnostic et aux formes de soutien dont elles ont besoin.
Leurs expériences peuvent apporter des informations utiles pour mieux comprendre les premiers signes de difficultés psychiques et adapter les réponses proposées.
Mais pour que ces expériences puissent être prises en compte, les jeunes doivent d’abord avoir la possibilité de les exprimer.
Parler de ce que l’on vit n’est pas toujours facile
Une revue systématique regroupant 53 études met en évidence plusieurs freins à la demande d’aide chez les jeunes : la peur du jugement ou de la stigmatisation, la difficulté à reconnaître un besoin d’aide, la volonté de gérer seul sa situation, le manque de confiance ou encore la difficulté à savoir vers qui se tourner.
Certains jeunes ont également du mal à identifier ce qu’ils ressentent ou à trouver les mots pour en parler.
Il est donc important de créer un environnement de confiance, dans lequel ils puissent se sentir écoutés, soutenus et accompagnés, sans pression pour raconter leur expérience.
« Et si je n’arrive pas à parler ? »
Il n’est pas nécessaire de raconter toute son histoire d’un coup. Plusieurs possibilités existent :
- Écrire plutôt que parler, ou envoyer un simple message à une personne de confiance : « En ce moment, je ne vais pas très bien. »
- Utiliser des supports visuels, comme des cartes représentant différentes émotions, pour aider à identifier et à exprimer ce que l’on ressent.
- Contacter une ligne d’écoute ou prendre rendez-vous avec un professionnel de santé.
Chacun peut avancer à son rythme et choisir la manière de s’exprimer qui lui convient le mieux.
Écouter : aider sans forcément avoir la solution
Quand un jeune confie qu’il ne va pas bien, il n’est pas toujours évident de savoir comment réagir.
On peut avoir envie de proposer immédiatement une solution, alors que la personne a parfois surtout besoin d’être écoutée.
L’écoute consiste à accueillir la parole sans juger, sans minimiser les difficultés exprimées et sans imposer de réponses toutes faites.
Il est également possible de demander à la personne ce qui pourrait l’aider, tout en respectant son souhait de parler ou non.
À éviter / À essayer
| À éviter | À essayer |
|---|---|
| « Tout le monde est stressé. » | « Je vois que c’est difficile en ce moment. » |
| « Pense à autre chose. » | « Tu veux m’en parler ? » |
| « Tu devrais faire… » | « Qu’est-ce qui pourrait t’aider ? » |
Soutenir ne signifie pas devoir tout gérer seul. Les proches peuvent aussi proposer d’accompagner le jeune vers une ressource ou un professionnel.
Reconnaître l’expérience vécue comme une expertise
Reconnaître le savoir expérientiel implique de faire évoluer les pratiques des professionnels et des institutions.
Cette participation peut prendre plusieurs formes :
- La décision partagée : associer les personnes concernées aux choix relatifs à leur accompagnement.
- La pair-aidance : permettre à des personnes ayant traversé des difficultés similaires de partager leur expérience pour soutenir d’autres personnes.
- La co-construction des dispositifs : faire participer les personnes concernées à la conception, à l’amélioration ou à l’évaluation des services qui leur sont destinés.
Selon les données du Mental Health Atlas 2024 de l’OMS, 45 % des pays répondants déclarent collaborer de manière continue avec les personnes concernées et les associations représentant leurs proches dans la planification, la mise en œuvre ou le suivi des services de santé mentale.
La participation des personnes concernées reste donc loin d’être systématique.
Concrètement, donner une place aux jeunes, ça ressemble à quoi ?
Des initiatives internationales montrent comment cette participation peut prendre forme.
En Australie, Orygen, un organisme spécialisé dans la santé mentale des jeunes, les associe à la conception, à l’amélioration et à l’évaluation des services.
De son côté, headspace Australia, un réseau de structures d’accompagnement en santé mentale pour les jeunes, intègre des personnes ayant une expérience vécue dans des groupes consultatifs. Elles participent notamment à la conception, à la mise en œuvre et à l’évaluation des programmes et services.
Ces initiatives montrent comment les jeunes peuvent contribuer directement à l’évolution des services qui leur sont destinés.
Écouter pour agir tôt
Il n’est pas nécessaire d’attendre que les difficultés s’aggravent ou qu’un diagnostic soit posé pour demander de l’aide.
Un changement inhabituel, une souffrance qui persiste ou le sentiment que quelque chose ne va plus peuvent être des raisons d’en parler et de chercher un accompagnement.
La parole des jeunes peut également aider les professionnels et les institutions à mieux comprendre leurs besoins et à faire évoluer les pratiques.
À l’occasion de cette Journée mondiale de la santé mentale, l’OMS rappelle l’importance de reconnaître l’expérience vécue des personnes concernées et de leur donner une place dans les décisions qui touchent à leur santé mentale.
Besoin d’aide ?
Je suis jeune
Vous n’avez pas besoin d’attendre que la situation devienne urgente pour demander de l’aide.
Vous pouvez en parler à une personne de confiance, à votre médecin traitant, à un professionnel de santé ou rechercher une structure adaptée grâce à la cartographie Prépsy.
Je suis proche
Vous pouvez écouter sans jugement, proposer votre soutien et aider le jeune à trouver un professionnel ou une structure adaptée.
La cartographie Prépsy permet également de rechercher les dispositifs et ressources disponibles pour faciliter l’orientation.
J’ai besoin de parler ou je suis inquiet
- 3114 : numéro national de prévention du suicide, accessible gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7, pour les personnes en souffrance, leurs proches et les professionnels.
- Cartographie Prépsy : pour identifier une structure d’accompagnement en santé mentale adaptée à sa situation.
Pour aller plus loin
- OMS – Journée mondiale de la santé mentale 2026
- Santé Psy Jeunes – Questionnaire PRIMO
- OMS – Faire ce qui compte en période de stress
Sources
Organisation mondiale de la santé (OMS). Journée mondiale de la santé mentale 2026. Lived experiences heard: real voices, real change.
Organisation mondiale de la santé (OMS). Mental Health Atlas 2024.
Santé publique France (2026). EnCLASS 2024 – La santé mentale et le bien-être des collégiens et lycéens en France hexagonale.
Fusar-Poli et al. (2024). The lived experience of mental disorders in adolescents. World Psychiatry.
Radez et al. (2021). Why do children and adolescents (not) seek and access professional help for their mental health problems? European Child & Adolescent Psychiatry.
Orygen. Co-designing with young people: The fundamentals.
headspace Australia. Youth National Reference Group – Youth Lived Experience Advisors.



