En octobre 2026, plusieurs initiatives ont proposé de nouvelles façons d’aborder la santé mentale des jeunes. Un jeu mobile associe divertissement et prévention, des footballeurs participent à des actions de sensibilisation et le musée d’Orsay donne la parole à des adolescents suivis en psychiatrie.
Dans le même temps, le ministère de la Santé renforce sa lutte contre la désinformation, tandis que Santé publique France s’intéresse aux mécanismes des réseaux sociaux et à leurs conséquences sur la santé des adolescents.
Retour sur cinq actualités qui interrogent nos façons d’informer, de sensibiliser et d’accompagner les jeunes.
Kaleotopia : un jeu mobile pour découvrir des ressources en santé mentale
Fin octobre 2026, Kaleotopia, un jeu mobile gratuit développé par le studio toulousain Umeshu Lovers avec Brain&Mind, fait son apparition. Son principe : construire une île virtuelle tout en découvrant des ressources de prévention en santé mentale.
Au fil de leur progression, les joueurs peuvent répondre à des questions sur leur état émotionnel, notamment l’anxiété ou la fatigue. Le jeu s’appuie sur ces réponses pour proposer des contenus adaptés parmi 36 ressources annoncées, comprenant des podcasts, des applications et des conseils pratiques.
Les concepteurs mettent en avant des sessions d’environ 15 minutes, sans publicité ni notifications intempestives. L’idée est de proposer un accès à l’information qui s’intègre à une activité ludique, sans imposer un parcours de sensibilisation classique.
Cette initiative illustre une piste intéressante : utiliser les codes du jeu vidéo pour faire découvrir des ressources à des personnes qui ne les rechercheraient pas spontanément. Elle s’inscrit dans une réflexion plus large sur les liens entre jeux vidéo et santé mentale.
Reste une distinction importante : l’accès à des ressources de prévention ne constitue pas, en soi, une intervention thérapeutique. Les informations publiques disponibles ne permettent pas d’établir l’efficacité clinique de Kaleotopia.
Source : Kaleotopia sur l’App Store.
Têtes plongeantes : le football pour ouvrir le dialogue au collège
Le 12 octobre 2026, Samuel Umtiti a rencontré des élèves de quatrième du collège Jean-Philippe Rameau, à Lyon, autour de Têtes plongeantes : Faire équipe pour la santé mentale.
Porté par Génération 2018, un collectif de joueurs de l’équipe de France championne du monde de football, ce documentaire cherche à encourager les jeunes à parler de santé mentale, en s’appuyant sur la notoriété et les témoignages de sportifs.
Pour prolonger le film, une séance pédagogique de 55 minutes a été conçue à destination des élèves de quatrième, de troisième et de lycée. Elle associe des extraits du documentaire à des échanges collectifs et à un jeu de Vrai ou Faux : les élèves prennent position face à différentes affirmations, puis discutent de leurs réponses.
La séance se termine par la création d’affiches destinées à identifier les personnes et les dispositifs auprès desquels demander de l’aide.
L’association e-Enfance / 3018 est également partenaire du projet, notamment sur les questions de harcèlement et de violences numériques.
L’intérêt de cette initiative tient à sa dimension pratique. Le football attire l’attention, mais le dispositif ne s’arrête pas au visionnage d’un documentaire : il donne aux enseignants un cadre pour engager la discussion et présenter des ressources utiles.
Cette démarche rejoint les enjeux de santé mentale et de scolarité, où la possibilité de parler de ses difficultés et de trouver un interlocuteur de confiance peut jouer un rôle important.
Source : e-Enfance / 3018 – Têtes plongeantes, un documentaire et une ressource pédagogique.
Échos de l’Invisible : le musée d’Orsay donne la parole à des adolescents suivis en psychiatrie
Depuis le 13 octobre 2026, le musée d’Orsay présente Échos de l’Invisible, une installation audiovisuelle conçue à partir des paroles d’adolescents de 13 à 17 ans suivis en psychiatrie à la Pitié-Salpêtrière.
Le projet est porté par Jad Bestautte, lauréate d’Orsay Lab, un appel à projets organisé avec l’Institut de l’Engagement.
Au cours de visites au musée, une dizaine d’adolescents ont été invités à découvrir les collections et à exprimer ce que certaines œuvres leur évoquaient. Leurs impressions, émotions et interprétations ont été enregistrées pour nourrir l’installation.
Le dispositif fait dialoguer leurs paroles avec trois œuvres : La Solitude d’Alexander Harrison, L’Implorante de Camille Claudel et Le Dîner, effet de lampe de Félix Vallotton.
Le visiteur découvre ainsi ces œuvres à travers le regard des adolescents, plutôt qu’à travers un commentaire exclusivement artistique ou historique.
Cette proposition ne présente pas la création artistique comme un traitement. Elle ouvre avant tout un espace d’expression à des jeunes dont l’expérience est rarement entendue dans les lieux culturels.
En leur donnant une place dans le parcours du musée, Échos de l’Invisible invite aussi à réfléchir à la stigmatisation en santé mentale et à la manière dont nous percevons les personnes concernées par les troubles psychiques.
L’installation est présentée jusqu’au 3 janvier 2027.
Source : Musée d’Orsay – Échos de l’Invisible, naissance du projet.
Désinformation en santé : le ministère déploie de nouveaux outils
Le 21 octobre 2026, le ministère de la Santé a annoncé plusieurs mesures pour lutter contre les fausses informations en santé, particulièrement présentes dans les environnements numériques.
Ces annonces s’appuient notamment sur une enquête menée auprès de 2 061 personnes âgées de 15 ans et plus. Parmi les 15–24 ans interrogés, 74 % déclarent avoir déjà cru une information fausse ou trompeuse en santé.
Ce résultat repose sur les déclarations des répondants. Il ne mesure donc pas directement leur capacité à reconnaître une information fiable.
Pour répondre à cet enjeu, le ministère a présenté un Observatoire de la désinformation en santé, associé à un dispositif d’infovigilance. L’objectif est de repérer les contenus trompeurs, d’évaluer les risques qu’ils présentent et de diffuser des réponses documentées.
Deux autres initiatives complètent ce dispositif : Le Check-Up, une chaîne TikTok proposant des contenus de décryptage avec des professionnels de santé, et un quiz annoncé sur Santé.fr pour aider le public à mieux vérifier les informations qu’il consulte.
Ces mesures témoignent d’un changement d’approche : il ne s’agit plus seulement de publier des informations fiables, mais aussi de les rendre visibles là où circulent les contenus trompeurs.
Un enjeu que nous abordons également dans notre article consacré à la fiabilité des informations de santé sur les réseaux sociaux.
Source : Ministère de la Santé – De nouveaux outils pour lutter contre la désinformation en santé.
Réseaux sociaux : pourquoi le temps d’écran ne suffit pas à comprendre les risques
Le 2 octobre 2026, Santé publique France a publié une analyse des risques liés aux réseaux sociaux chez les 11–17 ans, à partir d’une expertise de l’Anses.
L’attention ne porte pas uniquement sur le temps passé devant un écran, mais aussi sur la manière dont les plateformes sont conçues.
Le défilement infini encourage l’enchaînement des contenus, les notifications incitent à revenir régulièrement sur les applications et les algorithmes de recommandation sélectionnent les publications proposées selon les interactions précédentes.
Ces fonctionnalités peuvent prolonger l’utilisation des réseaux sociaux et augmenter l’exposition à certains contenus.
L’expertise examine notamment les risques associés au sommeil, à l’anxiété, à l’image corporelle et aux cyberviolences. Elle souligne également que certaines situations concernent davantage les adolescentes.
Ces constats ne signifient pas que chaque utilisation des réseaux sociaux entraîne des difficultés psychiques. Ils montrent toutefois pourquoi la prévention ne peut pas reposer uniquement sur la limitation du temps d’écran.
Pour les professionnels et les familles, cela invite à poser des questions plus précises : quels contenus le jeune consulte-t-il ? Quelles interactions vit-il ? Comment se sent-il après avoir utilisé ces plateformes ? Son sommeil en est-il affecté ?
Ces questions permettent d’aborder les usages numériques à partir de l’expérience du jeune, sans réduire la discussion à un nombre d’heures.
Pour approfondir ce sujet, retrouvez notre article sur l’impact des réseaux sociaux sur la santé mentale.
Source : Santé publique France – Le poids des réseaux sociaux sur la santé des adolescents.
Sensibiliser, écouter et orienter : ce que nous apprennent ces cinq actualités
Jeux vidéo, football, culture et réseaux sociaux : ces cinq actualités montrent que les questions de santé mentale se posent bien au-delà des espaces de soins.
Kaleotopia propose de découvrir des ressources de prévention par le jeu. Têtes plongeantes offre aux enseignants un support pour engager le dialogue. Échos de l’Invisible permet à des adolescents suivis en psychiatrie de partager leur regard dans un lieu culturel ouvert à tous.
Ces initiatives poursuivent des objectifs différents. Faire connaître un sujet, favoriser l’expression et améliorer l’accès aux soins sont des démarches complémentaires, mais distinctes. Leur intérêt doit être apprécié au regard de ce qu’elles proposent réellement et, lorsque c’est possible, de leurs résultats.
Les deux autres actualités rappellent que l’environnement numérique joue lui aussi un rôle dans l’accès à l’information. Les contenus trompeurs, les recommandations algorithmiques et les mécanismes qui captent l’attention peuvent compliquer la recherche de repères fiables.
Pour Prépsy, ces enjeux font écho à une conviction centrale de l’intervention précoce : écouter l’expérience des jeunes, repérer les difficultés lorsqu’elles apparaissent et faciliter l’accès à une aide adaptée.
Une discussion en classe, une ressource découverte en ligne ou un échange avec un proche peuvent constituer un premier pas. L’essentiel est que ce premier pas puisse, si nécessaire, déboucher sur un accompagnement.
Pour celles et ceux qui envisagent de demander de l’aide, notre article Premier rendez-vous chez un psy : comment ça se passe ? explique les premières démarches et le déroulement d’une consultation.



